ALERTE JUIN 2017 : MACRON ATTAQUE LES USAGES DANS SON DISCOURS D’INVESTITURE

ALERTE JUIN 2017 : MACRON ATTAQUE LES USAGES DANS SON DISCOURS D’INVESTITURE

Dans son discours d’investiture du 14 mai 2017, Emmanuel Macron a prononcé la phrase suivante : « Nous ne pouvons plus nous réfugier derrière des usages ou des habitudes parfois hors du temps ».
Le caractère écrit et lu de cette phrase en justifie une brève analyse.
Le Président distingue d’abord les « usages » des « habitudes ». On lui sera gré de cette juste distinction ; on s’accorde souvent à penser que l’usage est une habitude à laquelle des conséquences juridiques sont attachées. La référence aux « habitudes » viendrait ainsi élargir le champ de la critique présidentielle.
Quels « usages », quelles « habitudes », le Président vise-t-il ? La phrase étudiée s’inscrivant dans une partie du discours de dix minutes invitant les « élites » à participer à un renouveau économique, on peut supposer que le Président envisage les pratiques qui pourraient s’opposer aux réformes qu’il entend mettre en œuvre. La faiblesse -ou l’astuce- du propos tient justement à cette imprécision. En ce jour de liesse et devant un parterre rassemblant toutes les élites de la Nation, il aurait été indélicat ou à tout le moins maladroit de stigmatiser un comportement particulier. Hasardons que le Président a peut-être à l’esprit la mauvaise habitude des syndicats de contester les réformes sociales notamment prises par ordonnance...
La référence à des usages dans lesquels certains chercheraient à se « réfugier » justifie toutefois une autre interprétation plus inquiétante. Le discours annoncerait une traque inflexible contre les droits acquis ou tout au moins certains d’entre eux. Certains usages et certaines habitudes en matière d’attachés parlementaires sont alors peut-être aussi visés.
Mais le propos présidentiel ne se compromet pas dans de basses illustrations. Il se place dans une perspective historique. A cet égard, quel sens donner à l’expression « hors du temps » ? Nous comprenons qu’il existerait un temps de l’Histoire, rapide, et des pratiques qui ralentiraient ces évolutions. Homme pressé s’il en est, notre Président témoignerait de sa foi dans le changement. Le propos serait ici assez cohérent avec la réforme des professions libérales qu’Emmanuel Macron a défendue dans sa loi éponyme du 6 août 2015.

Le Président place ainsi les usages sur la sellette. L’attaque est toutefois mesurée. D’une part, en fin négociateur, le Président prend soin de ne pas généraliser sa dénonciation des usages en précisant que les habitudes et les usages sont simplement « parfois » hors du temps. D’autre part, le contexte du propos présidentiel témoigne d’un art certain de compromis. En même temps qu’il appelle à se défaire de certaines habitudes, le Président s’est plié jusqu’à ce jour devant tous les usages de notre Vème République en acceptant notamment son nouveau statut de grand maître de l’ordre de la Légion d’honneur.
Comme quoi, certains usages ont du bon…

P. M.